ERIC DE BELLEVAL PEINTURES
Né en 1950 à Paris
Tel: 06 26 12 09 90
DEMARCHE PICTURALE:
Mon initiation à la peinture prend naissance à la période de mes vingt ans (1970). A l’époque, étudiant en lettres, particulièrement intéressé par la sémiologie et la linguistique, je fréquente également les Beaux-Arts en auditeur libre, suis les cours de dessins, et m’attarde dans les ateliers. Pour travailler davantage, je prends rapidement l’habitude de passer tous mes week-ends à dessiner et à peindre.
La rencontre avec le cubisme, à certains égards le surréalisme, notamment pour ses exacerbations techniques de la perspective et du contraste (Tanguy), mais surtout Zao Wou Ki, dont l’évolution du figuratif vers l’expression lyrique me convainc de la puissance émotionnelle liée à cette technique, seront des influences déterminantes. Plus tard, Fautrier me confortera dans mes projets de départ.
L’abstraction lyrique me semble contribuer à l’ouverture d’une immense profondeur de champ émotionnel. Elle se présente non comme une rupture avec le figuratif, mais comme un formidable réservoir de sens, de force évocatoire, de point de rencontre entre représentation et évocation, comme un outil utile à la mise en forme de ce qui sépare ou réunit certains aspects de la réalité, et non cette réalité comme décalque traversé par une sensibilité.
C’est pour moi une liberté donnée au peintre de rendre compte du monde sans s’obliger à le faire reconnaître par analogie avec ses formes naturelles. C’est aussi chercher à en traduire le mouvement, l’effroi ou l’attirance qu’il peut susciter, les suspensions que ne repère pas l’œil, ou encore inviter à la méditation et à la rêverie sans obliger à la reconnaissance d’une réalité matérielle, sans devoir se reposer sur un sens familier ou apparent, sans se repérer ou donner à se repérer à partir d’un objet initialement réel.
En 1973 ma participation à une première exposition organisée par la mairie de Versailles est l’occasion d’une rencontre avec les conservateurs du musée allemand de Giessen qui font l’acquisition d’une de mes toiles (c’est la toute première à être vendue). Formidable encouragement pour un jeune homme qui y voit une stimulation en même temps que la disposition d’un petit capital immédiatement réinvesti en toiles couleurs pinceaux et siccatifs.
Avec les années, la fréquentation de l’Orient, plusieurs voyages au Japon et en Chine, l’étude des kanjis, apportent de nouvelles influences aussitôt utiles à l’étude et à l’approfondissement des techniques déjà retenues dans mon travail.
La peinture me semble d’autant mieux procéder de la liberté d’expression que les limites imposées par la représentation des objets ne s’imposent pas à l’art abstrait. Par ailleurs, un travail non figuratif ne renonce pas forcément à montrer les choses, il prend l’angle de l’évocation mais il ne rejette ni le sens ni cette évocation elle-même qui n’est pas une forme pauvre de la représentation, mais un choix, que l’on pourrait comparer à l’éloignement plus ou moins grand qu’on retient pour s’attarder sur la vision d’un élément pris dans la réalité : l’arbre est-il plus fidèlement ressenti ou représenté selon qu’on colle à l’écorce ou qu’on le repère de loin dans un paysage dense ? C’est affaire de circonstances et de goût, mais aucune règle ne s’impose pour dicter une quelconque justesse de regard ou une supériorité d’approche (le botaniste ou le paysagiste qui ont d’autres besoins seraient sans doute fondés à rejeter de tels points de vue mais le projet comme le propos du peintre sont fort différents).
Pour caractériser mon travail, il faut le mettre en perspective avec la calligraphie orientale, notamment avec l’usage que fait la peinture chinoise des idéogrammes :
Le caractère utilisé par les peintres orientaux dans leurs oeuvres, contient une invitation à en décliner la matière dans ma propre peinture, car il offre une consistance saisissante, hésitant entre la signification pratique (le sens) et la nécessité d’émouvoir ou d’esthétiser accolée à celle d’instruire. Autour de cet objet s’organise et se sédimente un long travail de réflexion et de production, jouant avec l’idée qu’abstraire, c’est aussi montrer.
Par ailleurs, il faut s’arrêter un instant sur la couleur :
On considère à tort que la couleur mélangée à l’huile tire son éclat de la lumière externe portée sur un pigment étalé sur la toile. Or les effets de luminance (intensité de la nuance ou de l’éclat, effet de contraste ou de transparence) résultent essentiellement du choix des médiums, des siccatifs et des huiles et de leur dosage lors des différentes superpositions des pâtes colorées. Autrement dit la lumière vient aussi et devrait-on dire surtout du fond de la toile et non du dessus. Elle doit naturellement être éclairée par l’extérieur pour être vue, mais sa force lumineuse, sa force tout court, sont physiquement des ressources internes, vont de la toile vers l’œil.
Ainsi les motifs de mes toiles sont-ils travaillés au pinceau bien davantage qu’au couteau, avec une certaine lenteur, malgré l’impression qu’on pourrait en avoir. Les blancs choisis pour les mélanges sont toujours chimiquement peu opaques (aptes à se mélanger sans recouvrir totalement les autres couleurs), et permettent ainsi d’obtenir des effets de « trouées » ou de reliefs.
Cette technique me paraît idéale pour reprendre, obstinément, une tentative de mettre en pratique un désir de rendre compte d’une situation abstraite ( par exemple la gravité ou la légèreté de la notion de séparation telle que l’exprime la superposition d’un fond fait de calme, de couleurs tendres, de dégradé, avec un motif fait de mouvements, de contrastes, voire d’une certaine violence), en cherchant à lui donner une dimension esthétique ( c’est ici qu’interviennent les aspects techniques liés aux interactions entre les pigments, la captation des effets de transparence ou de luminescence).
Lorsque cette mécanique trouve son aboutissement, la toile peut parfois devenir l’endroit ou se fixe l’instant que traversait un sentiment trouble, une attitude fugace, un moment exceptionnel. Tel passant y reconnaît une analogie avec une expérience personnelle, une trace de son propre vécu, de ce qu’il a pu désirer, ou de ce qu’il considère comme désirable, ce qui parfois le pousse à s’approprier le tableau. C’est ici que l’on quitte le monde des convenances ou d’une quelconque pratique sociale (snobisme ou autre) et que le peintre se sépare avec bonheur d’une toile.
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